Le chant d’un instant/ Gilles Coulon & Mat Jacob

Le chant d’un instant / Gilles Coulon & Mat Jacob

L’exposition Le chant d’un instant, composée des photographies de Gilles Coulon et Mat Jacob, du collectif Tendance Floue, est le résultat d’une résidence artistique réalisée à Mont-de-Marsan qui accueille depuis plus de vingt ans le festival « Arte Flamenco ».
La photographie que pratiquent Gilles et Mat, au-delà de leurs parcours personnels, est engagée. Voyageurs insatiables, appartenant à une tradition documentaire, ils posent leurs regards sur le vivant. Avec ce travail, ils n’ont pas la prétention d’avoir déchiffré le flamenco, guidés par leur instinct et leur façon de faire de la photographie, ils ont vécu le flamenco, subjectivement.
Dans chacune des images, on ressent leur empathie, leur affinité avec cet art. Elles nous révèlent que les processus de création, tant pour le flamenco que pour la photographie, se construisent à travers les mêmes chemins et se jouent dans l’instant. On pourrait d’ailleurs tracer un parallèle entre l’aspiration du flamenco, le fameux « duende » qui envahit l’imaginaire et l’idée de « l’instant décisif » tant mystifiée par Cartier-Bresson.
Cette exposition est une rencontre entre photographie et flamenco, un dialogue entre deux arts. En élargissant le champ, refusant l ’évidence, ce travail partagé propose une vision différente du flamenco, loin des images statiques habituelles. Ici, les détails sont flous et seuls les contours se distinguent. Les traits les plus forts apparaissent comme des éclats qui définiraient une sensation, un état d’âme, un instant.
À regarder ces photographies, on ressent ce qui est sous-jacent au flamenco : ce n’est pas seulement le moment de gloire qui est cadré. À aucun moment, les photographes ne cherchent à montrer la performance finale sur scène : celle-ci appartient à un autre public. Cependant, le spectateur peut sentir la tension de l’anticipation, la promesse de ce qui sera, le renflement des nerfs à fleur de peau, le questionnement interne, l’insécurité, la sueur, l’apothéose de l’effort, et enfin la fête, la séduction de la nuit et ce que le matin a emporté.
Les images de Gilles et Mat intuitives et « floues » réussissent à nous donner un juste portrait d’un art aux caractères multiples, dont la force réside précisément dans le fait d’être difficilement classable.